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Publié le 4 mars 2026

Bâtiment de l'Ambassade

Histoire de l'Hôtel Chanac de Pompadour ou Hôtel de Besenval

L'Ambassade de Suisse en France est installée depuis 1938 au 142 rue de Grenelle, dans le 7ème arrondissement de Paris. Les bâtiments ont été acquis à l'époque par le Ministre Walter O. Stucki pour le compte de la Confédération, l'hôtel particulier du 51 avenue Hoche, dans le 8ème arrondissement, étant devenu trop exigu.

Le déplacement de la Représentation à la rue de Grenelle représente un trait d'union intéressant avec l'histoire suisse en France.

Dans la seconde moitié du 18ème siècle, l’actuelle Résidence de l’Ambassadrice de Suisse fut habitée par le Baron Pierre-Victor de Besenval, Commandant du Régiment des Gardes Suisses,.

Issu d'une célèbre famille du canton de Soleure, allié à la noblesse polonaise, cet homme de lettres raffiné, amateur d'art, ami des femmes et colonel de l'armée française joua un rôle important à la Cour de Louis XVI.

A l’aube de la Révolution française, qu'il pressentait, il commandait la garnison de Paris. A ce titre, il aurait dû s'opposer par la force à la prise de la Bastille, le 14 juillet 1789. Mais pour éviter de déclencher une guerre civile, il prit la décision historique d'ordonner aux Régiments suisses de se replier sans combattre la population en armes.

L'actuel hôtel de l'Ambassade de Suisse fut construit pour l'abbé Chanac de Pompadour par l'architecte Alexis Delamair, en 1705; également auteur des plans de l'Hôtel de Rohan et de l'Hôtel de Soubise (actuels bâtiments des Archives nationales).

En 1720, après la mort de l'abbé de Pompadour, la maison revint à ses nièces puis fut vendue à différentes familles de la noblesse française avant que le Baron Pierre-Victor de Besenval ne l'achète, en 1767. Il confia à l'architecte Brongniart les travaux d'aménagement,. Au sous-sol, il fit aménager un nymphée à l’antique décoré par le sculpteur Clodion.

Les chroniqueurs de l'époque rapportèrent que l'on parla beaucoup à Paris de cette piscine qui, dit-on, ne servit qu'une seule fois; l'eau y étant chaude et la cave glaciale, le seul baigneur, un soldat des Gardes suisses, qui s'y hasarda mourut quelques jours plus tard d'une pneumonie !

Les frises, vases et bas-reliefs de Clodion sont désormais conservés au Musée du Louvre (aile Richelieu) et il ne reste aujourd'hui qu'une plaque rappelant l'existence de ces bains souterrains.

Besenval s’éteignit dans son hôtel en 1791 en le léguant, ainsi que tous ses biens, à son fils naturel, le vicomte de Ségur. Durant le 19ème siècle, l'hôtel connut différents occupants dont les descendants de Lucien Bonaparte, frère de Napoléon Ier, qui l'occupèrent entre 1855 et 1870. De 1920 à 1937, il accueillit différents tribunaux internationaux d'arbitrage issus des traités de paix.

La pièce centrale de l'hôtel abrite une grande tapisserie de la Manufacture des Gobelins, mise en dépôt par le Mobilier national, représentant le renouvellement de l'alliance entre la France et les Suisses en la cathédrale Notre-Dame de Paris le 18 novembre 1663.

La scène représente Louis XIV et les ambassadeurs des cantons suisses se prêtant sur la Bible un mutuel serment. Cette tapisserie en basse lisse, exécutée d'après un carton de Le Brun, fait partie de la suite en quatorze épisodes de l'Histoire du Roi.